Construire une ruralité heureuse et durable - Interview de Martine Aubry, présidente de la Communauté de Communes de l'Aire à l'Argonne
La Communauté de Communes De l'Aire à l'Argonne mise sur la mobilité, les circuits courts, l’énergie renouvelable et la proximité des services pour construire une ruralité heureuse et durable. Elle souhaite désormais renforcer ses liens avec la ZARG, notamment auprès des jeunes du territoire en rapprochant collégiens et chercheurs.
Etre un territoire porteur d’une ruralité heureuse, dans un cadre de vie de qualité
La Communauté de communes de l’Aire à l’Argonne, née en 2017 de la fusion de deux intercommunalités, s’attache à préserver une identité résolument rurale. Sa particularité : elle ne compte aucun bourg-centre. Ses 47 communes et 61 villages, dispersés sur 661 km², forment un maillage où la plus grande commune ne dépasse pas 700 habitants.
Penser l’aménagement à l’échelle humaine
Dans un territoire où deux villages peuvent être distants de 40 km, limiter les déplacements des habitants est une priorité. Services de proximité comme France Services, écoles pensées pour réduire les trajets des enfants, mutualisation des équipements scolaires et sportifs : tout est conçu pour répondre aux besoins quotidiens sans alourdir la mobilité.
Par le biais des PETR (Pôle d’Excellence des Territoires Ruraux), l’intercommunalité s’inscrit aussi dans des initiatives plus larges comme le dispositif "Roul’en Meuse", qui facilite les déplacements grâce à une plateforme départementale (pour en savoir plus, cliquez ici).
"Nous nous situons à mi-parcours entre Bar-le-Duc et Verdun, avec la gare TGV qui est un véritable atout. Nous comptabilisons 300 000 voyageurs dans l’année (contre les 90 000 prévus au départ). Le département vient de faire une extension des parkings, sachant que même des marnais viennent prendre le train chez nous !” souligne Mme Aubry.
Circuits courts et restauration locale
Depuis 2014, une politique volontariste en faveur de l’agriculture locale et des circuits courts a été engagée.
“Avec notre cuisine intercommunale, ce sont plus de 100 000 repas par an qui sont préparés pour les écoles, les crèches et les personnes âgées. Les produits viennent en moyenne de 27 km seulement, grâce à nos partenariats avec des producteurs locaux (volailles, maraîchage, porc…). C’est la Chambre d’agriculture de la Meuse qui nous a mis en relation, et aujourd’hui, une relation de confiance s’est installée. Par exemple, nous n'achetons plus de porcs chez un grossiste, nous le prenons directement chez notre producteur-transformateur.
Notre objectif n’est pas de faire du 100% bio en faisant venir des aliments de loin. Nous préférons privilégier l’agriculture locale, dont les acteurs entrent dans des certifications respectueuses de l’environnement, comme la HVE (Haute Valeur Environnementale).
Nous sommes fiers de cette démarche qui réduit l’empreinte carbone tout en dynamisant l’économie de proximité.” (pour en savoir plus, cliquez ici).
Un territoire à énergie positive
L’Argonne est aujourd’hui productrice nette d’énergie renouvelable, notamment grâce aux nombreuses éoliennes implantées depuis plus de 20 ans et de nombreux projets photovoltaïques en développement. La communauté de communes veille à concilier production énergétique et préservation des paysages, en concertation avec les porteurs de projets et les exploitants agricoles.
“Nous n’avons pas la possibilité d’interdire l’implantation de panneaux photovoltaïques dans notre nouveau document d’urbanisme intercommunal (PLUI), mais nous avons réuni tous les porteurs de projets et en concertation avec eux, nous avons délimité une zone dans laquelle nous ne souhaitons pas de panneaux. Il n’y a pas d’obligation réglementaire mais nous leur avons demandé de tenir compte de nos souhaits pour protéger les paysages, notamment le long de la voie sacrée.” précise Mme Aubry.
“Dans l’élaboration de notre PLUI, nous avons fait un diagnostic agricole avec l’appui de la Chambre d’agriculture. Nous avons questionné les exploitants agricoles, avec quasiment 100% de réponses, sur l’évolution de leurs exploitations et le recensement de leurs bâtiments. Il s’avère qu’il y a 100 hectares de toiture agricole ! Même si tout n’est pas exploitable, nous avons souhaité conventionner avec la Chambre d’Agriculture, à l’exemple de ce qui a été fait dans les Vosges, pour :
- aider les exploitants à réaliser un pré-diagnostic des toitures et une étude de la faisabilité de l’opération (les assurer du raccordement au réseau et de la rentabilité du projet);
- proposer un groupement d’achat pour garantir des panneaux de qualité. Laissant ensuite le choix de son opérateur à l’exploitant.
Une coopération à renforcer avec la recherche.
Aujourd’hui, la ZARG reste encore trop méconnue par les élus et habitants.
“Heureusement, je fais partie de l’entente “Nous Argonne” où les travaux de la ZARG sont évoqués régulièrement. Mais pour la plupart des maires, je ne suis pas sûre qu’ils sachent que cette zone atelier existe. Pourtant, c’est une véritable richesse pour l’Argonne !
Nous misons beaucoup sur notre jeunesse - c’est la force de notre territoire, notre avenir - et nous souhaiterions qu’il y ait une rencontre avec nos élèves. Ce serait l’occasion de permettre aux collégiens de rencontrer les chercheurs et de découvrir leurs métiers. Avec le nouveau dispositif de Territoire d’Éducation Rural (TER), en lien avec les directeurs académiques des services de l’éducation nationale, nous avons la possibilité de faire émerger des projets. Nous pourrions nous saisir de cette opportunité pour en construire un avec la ZARG.”
Contact :
Martine Aubry, présidente de la Communauté de communes de l'Aire à l'Argonne