Evaluation des environnements à risque pour l’exposition aux tiques et maladies à tiques
Focus sur deux articles scientifiques sur l'étude des tiques et des maladies à tiques en Argonne.
Dans les numéros précédents de la ZARG et nous, nous avions relayé les travaux de recherche relatifs aux tiques et maladies à tiques conduits par Nathalie Boulanger (UNISTRA, CHU de Strasbourg) et ses collaborateurs. Ces travaux ont été conduits sur le territoire de la ZARG entre autres et en partie financés dans le cadre de l’appel à projets de la ZARG.
Les résultats de cette étude sont rapportés dans deux publications scientifiques :
- Haidar-Ahmad A., Barthel C., Rivera-Vallejo R., Maul A., Poulle M-L, Boulanger N. (2025). Dynamics of Ixodes ricinus and associated bacterial pathogens in the forest and agricultural ecosystems of northeastern France. Applied and Environmental Microbiology, 0(0), e00793-25. https://doi.org/10.1128/aem.00793-25;
- Barthel, C., Stynen, J., Grau, M., Poulle, M.-L., Bauda, P., & Boulanger, N. (2025). Dermacentor ticks and their human pathogens in various ecosystems of eastern France. Ticks and Tick-Borne Diseases, 16(4), 102520. https://doi.org/10.1016/j.ttbdis.2025.102520.
Ces deux articles rédigés en anglais sont en accès libres, vous pouvez donc les télécharger gratuitement. Mais voici un résumé « made in ZARG »!
La région Grand-Est est endémique pour les tiques et maladies à tiques. Alors que la région Alsace est particulièrement étudiée, peu d’études concernaient la région de la ZARG (Marne, Meuse et Ardennes). La première publication concerne la tique Ixodes ricinus, la plus importante en France et responsable entre autre de la transmission de la bactérie de la borréliose de Lyme. Cette tique est surtout retrouvée en forêt car elle est très sensible à la sècheresse. Elle se nourrit sur de nombreux hôtes dont les rongeurs et les oiseaux, et le chevreuil est particulièrement important pour le maintien des populations de tiques. La deuxième publication concerne la tique Dermacentor, deuxième tique la plus abondante en France et susceptible de transmettre une autre bactérie à l’homme, Rickettsia. Cette tique est en forte expansion en Europe. Elle est particulièrement présente en plaine, dans les espaces ouverts et humides. Ses hôtes préférentiels sont les sangliers, les chevaux et les chiens.
Article 1 : Dynamics of Ixodes ricinus and associated bacterial pathogens in the forest and agricultural ecosystems of northeastern France
Cette étude a analysé les facteurs environnementaux en Argonne ayant une potentielle influence sur les populations de tiques Ixodes ricinus et les pathogènes associés.
Des prélèvements de tiques ont été réalisés sur la végétation de mars à juin, de 2021 à 2023 dans trois milieux différents : dans des zones humides (Marais de Germont et étangs de Belval-en-Argonne), en forêt (Dannevoux, Belval-en-Argonne et Roban), et dans le Domaine cynégétique de Belval-Bois-des-Dames. Dans ce dernier, trois sites ont été échantillonnés : le lieu-dit la Cuve, un site fréquenté par les cerfs et un enclos de régénération forestière. Les nymphes de tiques collectées ont été analysées par biologie moléculaire afin de rechercher la présence de quatre bactéries susceptibles de provoquer des infections chez l’homme: Borrelia burgdorferi (Lyme), Borrelia miyamotoi, Neoehrlichia mikurensis et Anaplasma phagocytophilum.
Au total, 5152 tiques Ixodes ricinus ont été collectées. La densité de nymphes variait en fonction de l’année, du mois ainsi que du site. Ainsi, la plus forte densité de nymphes a été observée dans l’enclos de Belval-Bois-des-Dames avec 145 tiques / 100 m2. Cet écosystème très végétalisé et riche en faune diverse (rongeurs, renards, blaireaux et chevreuils) permet un très bon développement des tiques Ixodes. Plus globalement, les tiques Ixodes sont présentes dans tous les sites de l’étude et le taux d’infection des tiques dans la ZARG est de 25,7 % quel que soit le microorganisme potentiellement pathogène.
Article 2 : Dermacentor ticks and their human pathogens in various ecosystems of eastern France
Dans cet article, les tiques Dermacentor ont été étudiées dans la ZARG (même site qu’Ixodes) mais également dans les départements de Moselle et Bas-Rhin. Deux espèces ont été retrouvées, D. marginatus et D. reticulatus. Elles sont susceptibles de porter des bactéries Rickettsia spp., agents du TIBOLA (« Tick-born lymphadenopathy »), qui se manifeste par une croûte au point de piqûre, surtout au niveau du cuir chevelu et des ganglions au niveau du cou.
Au total, 59 sites ont été échantillonnés qui permettaient de couvrir différents types d’environnements : zones humides, étangs et marais, forêts, parcs et forêts périurbains. Dans nos prélèvements, seules les tiques adultes ont été collectées (les larves et les nymphes sont dans les terriers des animaux). La recherche de Rickettsia a été réalisée par biologie moléculaire.
Le pic d’activité de ces tiques se situait au mois d’avril, plus tôt qu’Ixodes (présentes en hiver également). Les tiques Dermacentor ont été retrouvées dans 18 sites sur les 59 échantillonnés avec des densités pouvant atteindre presque 30 tiques / 100m² (Bas-Rhin) dans une forêt alluviale ; globalement dans cette étude, toutes les zones humides sont particulièrement à risque. Le taux d’infection en Rickettsia peut atteindre jusqu’à 18% dans certains sites.
Ces deux études montrent que les tiques sont depuis l’après-guerre, de plus en plus présentes dans différents écosystèmes. Les pratiques humaines impactent fortement leur présence compte tenu des changements environnementaux tels que les pratiques forestières, l’agriculture et la chasse. La tique Ixodes n’est pas la seule présente dans le Grand-Est et les micro-organismes susceptibles d’être transmis à l’homme sont variés et ne concerne pas que la bactérie de la maladie de Lyme.
Contact:
Nathalie Boulanger, PHAVI – Groupe Borrelia, UNISTRA, CNR Borrelia, CHU Strasbourg
Crédits photos
- Bandeau et vignette : Tiques (crédit Erik Karits de Pixabay)
- Image n°1: Femelle d'Ixodes ricinus adule (crédit Nathalie Boulanger)
- Image n°2: Femelle de Dermacentor adulte (crédit Nathalie Boulanger)
- Image n°3: Différentes stases d’Ixodes ricinus, avec de gauche à droite la larve (1mm environ), la nymphe et des adultes (crédit Nathalie Boulanger)