Première Guerre Mondiale : quels impacts sur l’environnement ?
La Somme, l’Artois et l’Argonne ont été ravagés par les combats de la Première Guerre Mondiale avec de nombreuses conséquences : pertes humaines, destruction totale des écosystèmes et des sols, ensevelissement des munitions etc. Plus d’un siècle plus tard existe-t-il encore des traces de cet héritage sur l’environnement ?
De 1914 à 1918, les combats de la Première Guerre Mondiale ont dévasté les paysages et les écosystèmes de toute une partie du Nord-Est de la France. Même après reforestation, certaines zones comme le massif forestier d’Argonne en conservent des stigmates bien visibles : tranchées, cratères d’obus et de mines etc. Ces traces témoignent de la perturbation physique à long terme des sols. A celle-ci s’ajoute une perturbation chimique due aux centaines de millions de munitions toujours enfouies sous terre qui se délitent et dispersent dans l’environnement leurs poisons tels que les éléments traces métalliques (ETM) et autres produits toxiques (explosifs).
L’étude que nous avons engagée vise à confirmer la présence de contaminants liés à la guerre sur des territoires étendus de l’ancienne zone de front, aussi appelée zone rouge, et à retracer leur transfert du sol vers l’eau et les plantes. L’objectif est ensuite d’identifier l’impact de l’ensemble des perturbations citées sur la végétation, en comparant l’état actuel des forêts perturbées par les combats avec celui de forêts épargnées.
La comparaison de la végétation de 60 sites forestiers situés en zone rouge (30 en Argonne et 30 dans les Hauts-de-France) avec celle d’autant de sites situés en zone témoin (non impactée par la guerre) met en évidence des différences notables. On observe notamment des changements de présence et d’abondance de certaines espèces, traduisant une adaptation de la végétation aux perturbations. En revanche, les résultats mettent aussi en avant la résilience des forêts, qui, malgré leur destruction, ont conservé des traces de leur état forestier antérieur à la guerre, ayant favorisé leur régénération.
Les analyses d’ETM dans les échantillons prélevés révèlent une contamination des sols argonnais en plomb et cuivre (c’est-à-dire des concentrations supérieures en zone rouge qu’en zone témoin), bien qu’elle soit moins importante que dans les Hauts-de-France. Les résultats indiquent également un transfert relativement faible des ETM dans l’eau de pluie s’infiltrant dans le sol ainsi que dans les feuilles des plantes, mais mettent en évidence leur accumulation dans les parties souterraines (rhizomes) d’une des espèces étudiées : l’anémone des bois (Anemone nemorosa).
Les impacts de la Première Guerre Mondiale sont donc multiples et encore bien présents. Il existe bien des contaminations, jouant un rôle dans les changements de végétation, mais aussi dans les modifications physiologiques observées chez certaines plantes.
Contacts:
- Laure Parodi, EDYSAN UMR 7058 CNRS – UPJV, ICMR UMR 7312 CNRS – URCA
- Déborah Closset, EDYSAN UMR 7058 CNRS – UPJV
- Stéphanie Sayen, ICMR UMR 7312 CNRS – URCA
Crédit photos:
- Vignette et bandeau : carte des zones touchées par les combats de la 1ère Guerre Mondiale ; en rouge, les zones les plus touchées ; d'après F. Bergerat (2020), Bulletin Inf. Géo. Bass. Paris, 57(1), p28-47.
- Image 1: Vestige de tranchée en forêt d’Argonne (crédit: Laure Parodi)
- Image 2: Obus de la Première Guerre Mondiale corrodé (credit: Laure Parodi)
- Image 3: Installation des dispositifs de récupération de l’eau de pluie infiltrée dans le sol (crédit: Laure Parodi)