Vous aussi, participez à l’identification de la faune sauvage qui franchit l’A34

Publié le 03 mai 2022

Venez aider l’équipe du CERFE à surveiller, par pièges photographiques, le passage d’animaux sauvages sur les ponts et sous les buses traversant l’A34: connectez-vous sur les pages dédiées au programme KIPASS sur le site Zooniverse et identifiez des séries d’animaux pris en photos.
C’est simple et rapide: on observe, on coche les observations, on identifie et on valide ! Déjà 200 participants depuis mi-janvier… pourquoi pas vous?!

Entretien avec Simon Maudet, en service civique au CERFE

Son diplôme de Master en poche, Simon n’a pas hésité à quitter Toulouse pour les Ardennes, où il participe au développement du programme KIPASS sur le territoire de la ZARG.

Bonjour Simon. Pourrais-tu nous dire en quelques mots en quoi consiste KIPASS?

KIPASS est une recherche participative associée au programme EFACILT dont l’objectif est d’évaluer l’impact de l’A34 sur la faune sauvage. L’autoroute A34 relie Rethel à Charleville-Mézières.

La haute clôture grillagée qui la borde est infranchissable par les animaux de grande taille (cerfs, chevreuils, sangliers), et peut aussi limiter les déplacements des carnivores sauvages (renards et mustélidés). Ces derniers sont également confrontés à un fort risque de mortalité s’ils s’aventurent sur les voies.

En empêchant ou freinant le passage d’individus, l’A34 peut entraîner une réduction de la diversité génétique dans les populations de grands et moyens mammifères impactées.

Dans le cadre d’EFACILT, l’équipe du CERFE déploie trois outils d’estimation de cet impact de l’A34

  • le suivi par collier GPS des déplacements de cerfs, chevreuils et sangliers confrontés à l’autoroute,
  • la comparaison des profils génétiques des populations de grands et moyens mammifères localisées de part et d’autre de cette infrastructure,
  • la surveillance, par pièges photographiques, de la fréquentation des ouvrages traversant (ponts, buses) par la faune sauvage. C’est sur cette surveillance que porte le projet KIPASS…

Quelle méthode utilisez-vous ?

Une quarantaine de pièges photo ont été posés au niveau des ponts, tunnels et buses bétonnées susceptibles de permettre le franchissement de l’autoroute par les animaux. Chaque mouvement détecté par leur cellule infrarouge déclenche la prise d’une photo. Depuis avril 2021, plus de 800 000 photos ont ainsi été enregistrées.

Pour chacune, il s’agit désormais de déterminer s’il y avait un animal, si oui, de quelle espèce, combien il y avait d’individus et quel était leur sens de passage. La tâche est très lourde pour une personne seule ! D’où l’idée de développer le programme KIPASS pour solliciter l’aide de volontaires.

Concrètement comme cela se passe?

J’ai développé des pages dédiées à KIPASS sur le site internet «Zooniverse», spécialisé dans des projets de ce type. Pour aller sur ces pages, il suffit de cliquer sur ce lien.

Toutes les personnes intéressées peuvent participer à l’identification des animaux pris en photos. Aucune formation préalable ou connaissance particulière ne sont requises. Il suffit de se laisser guider par les instructions. Vous pouvez vous inscrire avant de commencer à participer, ce qui nous permet d’obtenir des statistiques précieuses pour le suivi du programme, mais vous pouvez également participer sans vous inscrire si vous préférez. Ensuite, à vous de jouer!

Pour commencer, il vous faut choisir une des séries de photos proposées puis cliquer sur le curseur pour faire défiler la série. Si un animal apparaît, vous devez sélectionner une des espèces proposées à droite de l’écran, indiquer le nombre d’animaux vus et la direction du déplacement.

Le cas échéant, vous pouvez choisir l’option «je ne sais pas» ou encore «aucun animal» si pas le moindre bout de museau ou de patte n’est visible. Il ne reste plus qu’à valider, passer à la série de photos suivantes et recommencer l’exercice. Au moindre doute, il est possible de revenir facilement aux explications de la procédure. C’est vraiment simple, on observe, on coche “espèce”, “nombre d’individus”, “sens de déplacement”, puis « identifier » et enfin « valider ». Et hop, c’est fait!

Pourquoi noter le sens de déplacement de l’animal?

Lorsqu’une même espèce apparaît sur des séries successives issues d’un même site, la direction des déplacements et le temps écoulé entre deux séries peuvent aider à déterminer si plusieurs individus sont passés ou si un seul animal a fait des allers-retours devant l’objectif.

Qu’est-ce qu’on peut voir comme animaux sur les photos?

On peut y faire plein de belles observations ! Renard, blaireau, chevreuil, hermine, mulot, passereaux ou chat forestier… et bien d’autres choses encore. Les séries se suivent mais ne se ressemblent pas, ce qui incite souvent à poursuivre l’exercice pour le plaisir. Mais qu’on se rassure, il est possible à tout moment de s’interrompre pour revenir au site plus tard ou changer de série. Bref, c’est très souple d’usage.

Comment validez-vous les identifications faites par les participants?

Seules sont prises en compte les séries traitées par 10 participants au minimum. Si au moins 7 des 10 participants ont donné des réponses concordantes, l’identification spécifique de la série est validée. Si ce n’est pas le cas, par exemple si seules 5/10 réponses concordent, nous traitons la série nous-même.

Avez-vous déjà enregistré beaucoup de participations?

KIPASS a été activé à la mi-janvier 2022. Un mois plus tard, 200 personnes avaient participé et nous avions enregistré 52000 réponses conduisant à valider le traitement de plus de 2000 séries. Cela peut sembler beaucoup, mais c’est assez peu comparé à ce qui reste à traiter.
Cependant, si le nombre de participants et de réponses montent rapidement en puissance, comme nous l’espérons, l’aide apportée pourrait nous soulager de la moitié du temps de traitement des séries de photos éligibles.

Il faut donc encourager la participation à KIPASS?

Oui, tout à fait. Participez, nous avons besoin de votre aide ! N’hésitez pas à identifier les animaux pris en photos. Laissez un commentaire si vous le souhaitez. On a déjà reçu pas mal de commentaires d’ornithologues. Ils doivent trouver frustrant d’avoir juste à cocher « oiseau » sur KIPASS car plusieurs ont tenu à donner le nom d’espèce.
Une enseignante nous a aussi demandé si elle pouvait travailler sur KIPASS avec ses élèves. La réponse est «oui», bien sûr!

Avez-vous le retour d’expérience des participants?

Non, pas encore mais ce serait intéressant de l’avoir. Nous allons peut-être créer un petit questionnaire Google form pour que les participants qui le souhaitent puissent nous dire si KIPASS leur a permis de prendre conscience de l’impact possible des infrastructures de transport sur la diversité génétique des populations d’animaux sauvages, ou s’ils ont été surpris de la diversité des espèces empruntant les ouvrages autoroutiers et, de façon générale, pourquoi ils ont souhaité participer à cette étude. Bref, nous sommes curieux de savoir si cette recherche participative est aussi enrichissante pour eux qu’elle l’est pour nous!

Entretien réalisé et mis en forme par Marie-Lazarine Poulle, Université de Reims Champagne Ardenne , EA 7510 ESCAPE et CERFE

Contacts
Rémi Helder, Université de Reims Champagne Ardenne, CERFE
Simon Maudet (service civique CERFE de nov. 2021 à juill. 2022)
Lettre d’information KIPASS

Crédits photos: Université de Reims Champagne Ardenne- CERFE
Légendes:
1-Un lièvre au niveau de l'autoroute A34 ​
2- Un chevreuil et une cigogne noire à un passage sous l’autoroute A34

Un lièvre au niveau de l'autoroute A34 Un chevreuil et une cigogne noire à un passage sous l’autoroute A34